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Le pic démographique des jeunes au Maroc, aubaine .. ou bombe à retardement ?

Écrit par  Mahmoud ZOUHEIR %PM, %03 %812 %2016 %18:%Oct

 

 Les jeunes de moins de 25 ans représentent plus du tiers de la population marocaine, et la seule tranche d’âge des 15-24 ans en représente près du cinquième.

Cette « poussée » démographique de la jeunesse, liée au fort taux de fécondité dans les années 1980 à 2000 et à la transition démographique qui a suivi, représente une très belle opportunité de croissance dans la mesure où elle permet à l’économie du pays de bénéficier d’un nombre important d’individus au sommet de leur capacité productive [1].

 

Cependant, le Maroc ne peut saisir cette opportunité historique que s’il met en œuvre les politiques incitatives nécessaires dans les domaines de l’éducation/formation et l’emploi en particulier.

 

En revanche, s’ils se sentent oubliés et marginalisés par les pouvoirs publics, les jeunes peuvent non seulement constituer une source de tensions difficilement contrôlables, avec des effets économiques et sociaux très incertains sur l’avenir du pays (Exemple des  conjonctures très difficiles de la Tunisie et de l’Egypte entre autres, suite au « Printemps arabe »), mais aussi  représenter un danger à la sécurité nationale en adoptant des idéologies obscurantistes incitant à la haine, à la violence et au chaos (cas de plus en plus fréquents de jeunes portant allégeance et se ralliant au prétendu « Etat Islamique » ou à d’autres mouvances idéologiques radicales).

 

En effet, le poids démographique des jeunes au Maroc a été, depuis son indépendance, très important. Cependant, la transition démographique est entrée dans sa toute dernière phase. L’indice synthétique de fécondité n’est plus que de 2,19 enfants par femme (2011, HCP), soit très légèrement au dessus du seuil de renouvellement des générations (2,1).

 

La part des 15-24 ans dans la population totale qui a augmenté de 34% entre 1960 et 2000, a connu un infléchissement depuis, reculant ainsi de 13,1 points, et passant de 21,3% à 18,8% en 2014, et atteindra 15,5% de la population marocaine en 2025 selon les projections du CERED.

En 2014, les moins de 25 ans représentent 44,7% d’une population recensée à près de 34 millions d’habitants, urbanisée à 60% [2]. Bien que le poids des jeunes régressera au cours du temps, celui-ci demeurera très important dans les prochaines années.

 

Par ailleurs, il est nécessaire d’évoquer l’évolution très palpable de la scolarisation au Maroc (bien que la qualité de l’enseignement au pays reste très discutable, notamment celle du secteur public), en particulier dans le milieu urbain, où le taux brut de scolarisation au secondaire tourne désormais autour des 85%, pour les 2 sexes, d'après le ministère de l'enseignement national.

 

Le taux de scolarisation au supérieur reste plus atténué néanmoins, mais largement important pour que chaque année, une cohorte conséquente de diplômés accède au marché de l’emploi. Cependant, la capacité d’absorption du marché marocain de ces jeunes reste faible. Plusieurs d’entre eux optent pour l'immigration, alors que d’autres préfèrent continuer leurs études ou bénéficier de formations complémentaires, plutôt par contrainte que par choix.

 

D’après le HCP, le taux de chômage des jeunes de 15-24 ans est de 20%. Ce taux passe à 62,7% chez les diplômés du supérieur en 2014, alors qu’il a été de 54,2% en 2010. Parmi les nouveaux embauchés, il est à remarquer qu’un très grand nombre d'entre eux sont recrutés sur des bases salariales tendant continuellement vers la baisse (dans le secteur privé en particulier), et occupant de plus en plus des postes qui ne concordent guère avec leurs qualifications. En parallèle, il est à souligner que la durée de chômage chez cette catégorie de la population devient de plus en plus importante, d’où la perte des acquis académiques d’un côté, en addition aux pertes relatives aux investissements de l’état et des ménages pour la formation ces jeunes.

 

Une telle situation devient préoccupante non seulement d’un point de vue économique et social, mais aussi et surtout d’un point de vue sécuritaire.  L’état est donc invitée à créer une nouvelle dynamique économique pour favoriser une meilleure création d’emplois qui répondrait aux attentes des jeunes marocains, à revoir ses politiques d’insertion professionnelle, à adapter les différentes formations aux besoins du marché de l’emploi, et à mettre en place une éducation équitable et de qualité. Ce qui constituerait une des principales garanties pour leur permettre de s’insérer dans la société, de pouvoir faire reculer la pauvreté pour les générations à venir et surtout de maintenir la stabilité sécuritaire du pays, .. et bien évidemment permettre au Maroc de bénéficier de son potentiel jeunesse!

 

 

[1]Les jeunes : un atout sous-estimé, Banque mondiale, 2007

[2]RGPH 2014

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